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La colère est-elle mauvaise conseillère ?


La colère est mauvaise conseillère, combien de fois entendons-nous ou lisons-nous ces mots. Mais est-ce vrai ?


La colère a été ma compagne pendant très longtemps.


Aujourd'hui quand je pose un autre regard sur ma vie, et tout ce chemin parcouru, je prends conscience que la colère est source de comportements qui nous coupent des autres et surtout de nous-même.


Je suis née avec une colère en moi. Enfant, j'étais comme un volcan prêt à entrer en éruption. J'essayais de maintenir ce monstre en moi, en affichant un masque de clown pour détendre l'atmosphère. Mais même si sur mon visage on voyait un sourire, une petite fille qui faisait rigoler les autres par ses blagues, à l'intérieur je ressentais ce feu. Je voulais le maintenir mais il finissait toujours pas sortir, brûlant, détruisant tout ce que je voulais : être aimée.


Dès que la situation m'échappait, dès que quelqu'un se moquait de moi, dès que je ne pouvais pas faire ce que je voulais, dès que l'on m'imposait quelque chose, je me transformais en une forme de chien enragé, qui crachait des mots d'une méchanceté sans nom. Mais pas seulement !


Bien souvent ces mots étaient accompagnés de violences physiques.

Je me souviens j'avais environ 8 ans, ma mère m'avait demandé de mettre la table. Je n'en avais pas envie. Je ne comprenais pas pourquoi je devais le faire, que nous les filles nous devions être des fées du logis, travailler à la ferme alors que les garçons eux, étaient exemptés de toutes tâches ménagères parce que justement ils travaillaient à la ferme. Je trouvais cela injuste, qu'ils soient ainsi épargnés des corvées de la maison parce qu'ils aidaient à l'extérieur. Alors que nous les filles, nous ne bénéficions pas de ce privilège de nous reposer.


Mais j'étais obligée d'obéir, sinon mes deux autres soeurs, récupéreraient cette tâche et je les entendrais encore me dire que j'étais une fainéante. Bon c'est vrai, que juste à la fin du diner ou déjeuner je me précipitais aux toilettes pour éviter la vaisselle. Et çà elles n'aimaient pas du tout car tout leur incombait.

Donc ce jour là, je m'exécutais mais en fulminant à l'intérieur de moi. Je sentais mon volcan prêt à rugir. Mon frère me suivait en se moquant de moi sur le fait que j'étais une fille, une bonne à tout faire. Au début, je le laissais dire, j'essayais de ne pas l'entendre. Puis soudain, j'ai explosé, je lui ai envoyé à la figure les couverts que je tenais. Il s'est pris en pleine face, les fourchettes, les couteaux. Puis je me suis jetée sur lui, je l'ai secoué, frappé, insulté, et je l'ai jeté au travers la porte vitrée.


J'étais plus qu'enragée, j'étais un monstre sanguinaire prêt à achever sa proie !

J'ai grandi avec cette colère, qui m'a conduite trop de fois à avoir un tel comportement qui me faisait récolter une punition. Mais, enfant les punitions étaient de simples engueulades, des privations. Adulte, cela m'a conduit à détruire mes relations, et m'a même emmené devant un juge pour une accusation de violence aggravée.


Cette colère qui avait tout pouvoir sur moi, qui me dictait ma conduite dès que je me sentais menacée était une très mauvaise conseillère. Car elle laissait aux autres l'image d'une dingue qui ne pouvait pas se contrôler, d'une enfant capricieuse. Elle cachait aux autres et surtout à moi, cette petite fille qui voulait qu'on la prenne dans ses bras. Qui voulait être aimée, câlinée, protégée par son papa et sa maman.


Cette petite fille tellement sensible qu'elle ne savait pas comment gérer cette tristesse profonde, cette sensation qu'elle ne méritait pas de vivre, qu'elle était nulle, stupide et tellement laide !

Une petite fille blessée par le manque d'amour, le manque de reconnaissance, et la honte. La honte d'exister, la honte de cette violence dont elle marquait les esprits en voilant tout cet amour en elle, toute cette tendresse ? Car elle avait peur d'être ridicule si elle les dévoilait. Elle préférait se cacher derrière le masque de l'enfant dur, violent, ingérable !


Cette colère au fil du temps, qui me définissait, a non seulement détruit mes relations, mais détruit l'estime, l'amour de moi, en les étouffant sous une couche de culpabilité. La culpabilité de cette destruction massive à tous les niveaux de ma vie, qui petit à petit m'a engloutie, m'isolant du monde et de cette enfant sensible, et si douce.


Il est vrai que cette colère a été aussi une force. La force de survivre à la maladie, aux échecs amoureux et professionnels. Mais justement le problème était là, je survivais. Ma vie était un combat où j'avais cette sensation que le monde entier même les mondes divins m'en voulaient .


Qu'ils s'acharnaient à me mettre à terre, à m'épuiser de la vie

Mais aujoud'hui, je comprends que c'était cette colère qui m'éloignait de moi, de mon hypersensibilité. Que je m'étais créée une carapace dans laquelle j'avais emprisonnée ma souffrance et qui ne laissait plus entrer l'amour, la joie de la vie.


Je m'étais, au final, condamnée, jugée et exécutée moi-même. Car tout est énergie et cette rage en moi attirait que des évènements, des relations en résonnance avec elle.


Libérer de ma colère a été un vrai travail en profondeur, dans les zones d'ombre de mon être. Un travail long et pénible car je n'avais l'aide de cette part divine en moi. Elle était emmurée, je m'en étais tellement éloignée ! J'avais peur de cette lumière. Peur d'être punie pour tout le mal que j'avais fait .


J'avais oublié que tout ce mal, n'était que le reflet de ma souffrance d'être séparée de moi. Alors oui la colère est certainement mauvaise conseillère quand on la laisse définir qui nous sommes. Mais elle est aussi une magnifique messagère qui veut nous guider vers cette souffrance qui voile l'être d'amour que nous sommes.


Pour se libérer des colères et des ressentiments, il est important d'accepter de dire "je suis en colère". De la laisser venir à nous, de l'écouter sans la juger. Parfois nous ne la voyons pas, nous la renions. Elle reste en nous, comme des braises étouffées. Mais le feu est toujours présent et nous dévore lentement. Douleurs, solitude existentielle, sont les résultats de ces colères cachées.


Osons-dire nos colères, osons les apprivoiser, les laisser nous guider vers nous, pour enfin vivre qui nous sommes sans aucun masque !

Aujourd'hui il m'arrive bien sûr de ressentir de la colère, mais ce n'est qu'une colère ponctuelle que j'apprends à écouter. Ainsi elle me donne son message et disparait. Ce n'est plus cette colère qui m'étouffait, me rongeait, car ce que j'ai compris que bien souvent certaines des colères que nous portons appartiennent à nos ancêtres et sont d'origine karmique.


Ce qui est dans nos vies d'aujourd'hui n'est que le miroir de nos autres vies et ne demandent, une fois en conscience à être libéré.






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