Amour inconditionnel : et si nous nous étions trompés de direction ?
- Marie Noelle Bon

- il y a 2 heures
- 8 min de lecture

Quand l’amour inconditionnel devient une injonction, et non un retour à soi
Quand nous commençons ce cheminement spirituel, il y a des mots qui reviennent partout. Des mots qui brillent, des mots qui rassurent, des mots qui nous attirent parce qu’ils semblent contenir quelque chose de plus vaste, quelque chose de plus doux, quelque chose qui pourrait enfin nous apaiser.
Et parmi tous ces mots, il y en a un qui revient sans cesse, comme un idéal à atteindre, comme un sommet que nous devrions gravir, comme une preuve de notre évolution intérieure : l’amour inconditionnel.
Au début, bien sûr que nous avons envie d’y croire. Pourquoi n’aurions-nous pas envie d’y croire ? Ce mot est beau. Il est grand. Il promet une paix immense. Il promet une ouverture du cœur qui semble dépasser la douleur, la colère, le manque, la séparation. Alors nous essayons. Nous essayons d’aimer plus. Nous essayons d’être plus vastes. Nous essayons d’être plus doux, plus compréhensifs, plus ouverts, plus spirituels.
Nous essayons de ne plus réagir, de ne plus trop souffrir, de ne plus trop bouger intérieurement. Nous essayons d’être dans cet amour inconditionnel dont tout le monde parle.
Mais bien souvent, en essayant d’atteindre cet amour inconditionnel, nous commençons surtout à nous couper de ce que nous ressentons vraiment.
Amour inconditionnel : pourquoi nous finissons parfois par bafouer nos émotions ?
Quand nous entendons, encore et encore, qu’il faudrait aimer sans condition, aimer sans attente, aimer sans colère, aimer même ceux qui nous blessent, quelque chose en nous commence à se contracter. Pas toujours tout de suite. Pas forcément de façon visible. Mais doucement, insidieusement, nous nous mettons à croire que certaines parts de nous ne sont pas “acceptables” sur le chemin spirituel.
Alors nous faisons taire notre colère. Nous ravalons notre tristesse. Nous minimisons notre jalousie. Nous recouvrons notre blessure. Nous essayons de comprendre trop vite ce qui nous a pourtant déchirés.
Et au lieu de nous rapprocher de nous-mêmes, nous ajoutons des couches. Une couche de compréhension. Une couche de sagesse. Une couche de lumière. Une couche de discours spirituel. Puis encore une autre. Et encore une autre. Jusqu’à construire un blindage.
Un blindage qui paraît doux. Un blindage qui paraît élevé. Un blindage qui paraît même “spirituel”. Mais un blindage quand même.
Et derrière ce blindage, nos émotions continuent à vivre.
Elles continuent à bouger. Elles continuent à appeler. Elles continuent à frapper à la porte de notre cœur.
Mais comme nous croyons qu’il ne faudrait plus les ressentir, nous entrons en guerre contre elles. Et cette guerre intérieure, c’est cela qui nous épuise.
Cheminement spirituel et culpabilité spirituelle : quand nous croyons être “mauvais” parce que nous ressentons encore
Je crois que beaucoup d’entre nous ont vécu cela. Quand nous commençons ce développement spirituel, nous voulons tellement avancer que nous finissons parfois par nous juger à chaque émotion qui déborde.
Une colère ? Nous nous disons que nous ne sommes pas assez conscients.
Une tristesse ? Nous nous disons que nous n’avons pas assez compris.
Une blessure affective ? Nous nous disons que nous ne sommes pas encore dans l’amour.
Et peu à peu, la culpabilité spirituelle s’installe.
Nous nous disons :
“Je devrais être plus calme, non ?”
“Je devrais être plus ouverte, non ?”
“Je devrais comprendre plus vite, non ?”
“Je devrais aimer sans condition, non ?”
Et comme nous n’y arrivons pas, nous commençons à croire que nous ne sommes pas sur le bon chemin. Que nous ne sommes pas assez évolués. Que nous ne sommes pas assez spirituels. Que quelque chose cloche profondément en nous.
Mais non.
Ce n’est pas parce que nous ressentons encore que nous avons raté le chemin. C’est peut-être justement parce que nous sommes vivants.
Les émotions ne sont pas nos ennemies : elles sont les cailloux du Petit Poucet
Aujourd’hui, je crois profondément que nos émotions ne sont pas là pour nous empêcher d’aimer. Elles ne sont pas là pour nous détourner du chemin. Elles ne sont pas là pour nous faire échouer. Elles sont là pour nous guider.
Je dirais même qu’elles sont un peu comme les petits cailloux du Petit Poucet. Ces cailloux semés sur la route pour retrouver le chemin de la maison. Eh bien, nos émotions sont cela.
Elles sont les petits cailloux que la vie dépose à l’intérieur de nous pour nous ramener à nous-mêmes.
La colère nous montre souvent l’endroit où nous avons été franchis, trahis, abandonnés, ou l’endroit où nous nous sommes nous-mêmes quittés.
La tristesse nous montre ce que nous avons perdu, ce qui a été arraché, ce qui n’a pas été honoré. La peur nous montre là où notre sécurité intérieure n’a jamais été consolidée.
La jalousie, le manque, la blessure de séparation, nous montrent des zones de fragilité, des blessures affectives encore vives, des besoins qui n’ont jamais été reconnus.
Alors non, les émotions ne sont pas le problème. Le problème, c’est quand nous voulons absolument les faire taire au nom d’un amour inconditionnel que nous ne faisons que mentaliser.
Mon vécu avec l’amour inconditionnel : quand la théorie se fracasse contre la vie
Je ne parle pas de tout cela comme d’un concept. Je parle de cela parce que je l’ai vécu.
Quand j’ai commencé ce cheminement, moi aussi j’entendais partout parler d’amour inconditionnel. Et moi aussi, j’ai voulu y croire. J’ai voulu être cette femme vaste, compréhensive, douce, ouverte, presque transparente à la douleur. J’ai voulu croire que c’était cela, le vrai chemin.
Mais dans ma vie réelle, cela ne collait pas du tout.
Quand j’étais en colère contre un compagnon, je me sentais coupable.
Quand j’étais blessée par une séparation, je pensais que j’étais nulle.
Quand je n’arrivais pas à aimer ma famille comme on me disait qu’il faudrait aimer, je croyais que j’étais une mauvaise personne.
Et puis il y a eu cet épisode de ma vie que je n’oublierai jamais. J’étais à l’hôpital, dans le coma. Et quand je suis sortie du coma, j’ai appris que mon mari m’avait quittée pour vivre avec ma meilleure amie. Double trahison !
Alors là, très honnêtement, je n’étais pas du tout dans l’amour inconditionnel. Je n’étais pas dans une belle vibration d’ouverture du cœur. J’étais dans la rage, dans la douleur, dans l’incompréhension.
Et si je suis totalement sincère, j’avais plus envie de lui tordre le cou que de lui envoyer de la lumière.
Pendant longtemps, j’ai cru que cela faisait de moi quelqu’un de mauvais. Aujourd’hui, je sais que cela faisait simplement de moi une femme blessée qui m'attendait pour renaitre et vivre.
Et cette nuance change tout.
L’âme vient-elle sur Terre pour vivre l’amour inconditionnel ?
Avec le temps, une autre compréhension est venue en moi. Et elle a profondément apaisé mon rapport à ce mot.
Je ne crois pas que l’âme vienne sur Terre pour apprendre l’amour inconditionnel.
À mes yeux, l’âme connaît déjà cet amour. Quand elle est dans son état d’âme, elle baigne déjà dans quelque chose de beaucoup plus vaste que ce que notre cœur humain peut saisir ici.
Alors pourquoi vient-elle ?
Peut-être pour vivre justement l’amour conditionnel.
L’amour qui attend.
L’amour qui espère.
L’amour qui s’attache. L’amour qui tremble.
L’amour qui a peur de perdre.
L’amour qui se sent rejeté.
L’amour qui devient jaloux.
L’amour qui traverse la séparation.
L’amour qui vit le manque.
L’amour qui connaît la colère, la tristesse, la blessure, l’arrachement.
Peut-être que l’âme vient ici pour expérimenter cela. Non pas pour y rester prisonnière, mais pour le traverser. Pour comprendre ce que c’est que d’aimer avec un corps, une histoire, des cicatrices, des manques, des mémoires.
Et si c’est cela, alors nous ne sommes plus en échec quand nous ne parvenons pas à aimer “comme il faudrait”. Nous sommes simplement dans l’expérience humaine.
Amour de soi : et si l’amour inconditionnel commençait enfin envers nous-mêmes ?
La grande bascule, dans mon propre chemin, a été là. J’ai cessé de croire que l’amour inconditionnel devait d’abord être tourné vers l’autre. J’ai commencé à comprendre qu’il pouvait d’abord être tourné vers moi.
Peut-être que l’amour inconditionnel n’est pas :“Je t’aime quoi que tu me fasses.”
Peut-être qu’il est plutôt :“Je ne me quitte plus, quoi que je traverse.”
Et là, quelque chose devient infiniment plus doux.
Parce qu’à partir de cet endroit- là, je peux être en colère sans me rejeter.
Je peux être triste sans me juger.
Je peux être blessée sans croire que je suis hors du chemin.
Je peux poser des limites sans manquer d’amour.
Je peux ne plus vouloir quelqu’un dans ma vie sans être fermée du cœur.
Là, l’amour de soi n’est plus un concept. Il devient une présence. Une fidélité intérieure. Une manière de rester avec soi au lieu de se trahir pour ressembler à un idéal spirituel impossible à tenir.
Et peut-être que c’est cela, le vrai début de l’amour inconditionnel : non pas l’effacement de nos émotions, mais l’acceptation profonde de notre humanité.
Nous n’avons pas à bannir la colère et la tristesse pour être sur le bon chemin
Il me semble essentiel de le redire : nous n’avons pas à bannir la colère, la tristesse, la peur ou la blessure pour être spirituels. Nous n’avons pas à devenir lisses, parfaits, toujours ouverts, toujours sages, toujours calmes, pour être “dans la lumière”.
Le vrai chemin ne supprime pas l’humain.
Il l’éclaire.
Il lui donne du sens.
Il nous permet de ne plus nous battre contre ce que nous ressentons.
Quand nous commençons ce cheminement, nous avons souvent envie de monter plus haut. Mais parfois, le vrai travail consiste au contraire à descendre plus profondément en nous. À écouter ce que nous avons recouvert. À rencontrer ce que nous avons blindé. À suivre les petits cailloux laissés par nos émotions pour retrouver enfin la route vers nous-mêmes.
Et cette route n’a rien d’un échec .Elle a la profondeur du vrai.
Conclusion : et si l’amour inconditionnel consistait d’abord à ne plus nous faire violence ?
Alors non, l’amour inconditionnel n’est peut-être pas ce que l’on nous a raconté. Ou plutôt, il n’est peut-être pas là où nous avons cherché à le trouver.
Peut-être qu’il ne s’agit pas d’aimer tout le monde sans condition.
Peut-être qu’il s’agit d’abord de ne plus nous abandonner quand nous sommes blessés.
De ne plus nous juger quand nous sommes en colère.
De ne plus nous couper de nos émotions au nom d’un idéal.
Peut-être qu’au fond, le véritable amour inconditionnel commence là : quand nous cessons de nous faire violence pour ressembler à quelque chose que nous ne sommes pas encore capables d’incarner.
Et si, au lieu de vouloir aimer mieux les autres, nous commencions déjà par nous accepter un peu plus profondément dans ce que nous ressentons ?
Peut-être qu’alors, oui, quelque chose de beaucoup plus vrai pourrait enfin naître.
Pour aller plus loin…
Si ce texte résonne en toi, je t’invite à découvrir l’épisode du podcast Entre ciel et facture consacré à ce sujet. J’y partage, avec encore plus de profondeur et de vécu, cette réflexion autour de l’amour inconditionnel, de nos émotions, et de ce chemin qui nous ramène peu à peu vers nous-mêmes.
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