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La blessure de ne pas être choisie : le jour où un guérisseur m'a appelée "une élue" »

Illustration cartoon colorée d’une femme souriante devant son miroir, pointant vers elle-même, entourée de cœurs et de messages sur l’amour de soi, la confiance et le fait de se choisir.
Aujourd’hui, je me choisis enfin : avec joie, confiance et sans attendre que les autres décident de ma valeur.

Il y a presque vingt ans, ma mère m’a téléphoné un matin pour m’annoncer qu’elle avait un cancer. Bien sûr, j’ai été bouleversée par la nouvelle, mais ce qui m’a le plus surprise ce jour-là, c’est l’intonation de sa voix.


Elle ne semblait pas seulement inquiète ou effrayée. J’avais presque l’impression qu’elle était soulagée, comme si cette maladie venait annoncer la fin possible d’une vie qui l’avait profondément fatiguée.







J’entendais dans sa voix quelque chose que je ne pouvais pas encore expliquer, une forme d’abandon, peut-être même l’espoir secret de pouvoir enfin déposer le poids de son existence.


J’ai immédiatement tout fermé et j’ai pris la route pour aller la rejoindre. Lorsque je suis arrivée chez elle, elle m’a parlé d’un guérisseur que ma tante connaissait et qu’elle souhaitait consulter. Je lui ai répondu qu’elle pouvait bien sûr recevoir son aide si cela lui faisait du bien, mais que cela ne pouvait pas remplacer une consultation auprès d’un oncologue. Il a fallu discuter, insister, négocier, puis nous sommes finalement parties toutes les trois chez cet homme.


Ce guérisseur était très reconnu. Il travaillait, disait-on, avec différents hôpitaux et avait même ses entrées au Vatican. Je ne savais pas vraiment ce que je devais penser de tout cela, mais j’étais là pour ma mère. Lorsque nous sommes arrivées, j’ai attendu avec elle et ma tante dans la salle d’attente. Au moment où il nous a invitées à entrer, j’ai voulu rester à l’extérieur. Je lui ai dit que ma présence n’était pas nécessaire et que je préférais attendre. Pourtant, il a insisté : « Non, vous venez. »


Je suis donc entrée dans cette pièce sans savoir que quelques minutes plus tard, une simple phrase viendrait me poursuivre pendant près de vingt ans.


Le jour où un guérisseur m’a appelée « une élue »


Ma mère s’est allongée, ma tante s’est assise et, soudain, cet homme s’est approché de moi. Il est tombé à genoux devant moi, puis il a regardé ma mère et lui a demandé : « Mais pourquoi viens-tu me voir, Noëlla ? Ta fille, c’est une élue. »


Je me souviens encore du malaise qui a traversé tout mon corps. Je ne me suis pas sentie honorée. Je ne me suis pas sentie reconnue. J’ai ressenti de la colère, de l’incompréhension et presque une forme de rejet. Je me suis demandé ce qu’il pouvait bien raconter et j’ai pensé qu’il était complètement fou.


Pourquoi s’agenouillait-il devant moi ? Pourquoi employait-il un mot aussi immense, aussi chargé, alors que je n’avais rien demandé ? Je n’étais pas venue pour être regardée, désignée ou mise en avant. Je voulais simplement accompagner ma mère et, quelques minutes auparavant, j’avais même souhaité rester dans la salle d’attente.


Pendant longtemps, j’ai pensé que ce qui me gênait dans le mot « élue » était sa connotation religieuse ou spirituelle. Ce mot peut donner l’impression qu’une personne aurait été choisie parmi les autres, qu’elle serait différente, exceptionnelle ou supérieure.


Cette idée ne me correspondait pas et me mettait profondément mal à l’aise. Pourtant, avec le recul, je comprends que ce n’était probablement pas seulement cela qui m’avait bouleversée.


Une élue est une personne qui a été choisie. Or, au plus profond de moi, je portais la conviction que je n’avais jamais été choisie.

La blessure de ne pas avoir été choisie par ses parents


Je n’ai pas grandi avec la sensation d’avoir été pleinement choisie par mes parents. Je n’ai pas ressenti cette sécurité intérieure qui permet à un enfant de savoir qu’il a une place naturelle dans le cœur de ceux qui lui ont donné la vie. Je n’avais pas la certitude d’être désirée, accueillie, regardée avec joie simplement parce que j’existais.


Lorsque cette sécurité manque, même si l’on ne sait pas encore la nommer, on apprend souvent à chercher sa place autrement. On observe les autres pour comprendre ce qu’ils attendent de nous. On se fait discret pour ne pas déranger. On devient attentif, raisonnable, utile, parfois même indispensable. On essaie de mériter par ses actes la place que l’on n’a pas reçu la sensation de posséder naturellement.


J’ai longtemps confondu le fait d’être utile avec le fait d’être aimée. Je pensais que si je comprenais suffisamment les autres, si je les aidais, si je portais leurs douleurs et si je répondais à leurs attentes, je finirais peut-être par être choisie. Mais lorsqu’un enfant croit qu’il doit mériter sa place, il peut devenir un adulte qui continue d’attendre que quelqu’un confirme enfin sa valeur.


La blessure de ne pas être choisie ne disparaît pas parce que l’on grandit. Elle change simplement de visage. Elle se glisse dans nos relations amoureuses, dans notre manière de travailler, dans les services que nous rendons, dans les silences que nous acceptons et dans toutes les situations où nous continuons de demander intérieurement :

« Est-ce que, cette fois, quelqu’un va me choisir ? »


Ne pas être choisie comme femme


Cette blessure s’est rouverte de manière particulièrement violente à la mort de mon compagnon. Non seulement je perdais l’homme que j’aimais, mais je n’ai pas été choisie pour l’accompagner dans ce passage. Je n’ai pas été reconnue dans ma place de femme, dans notre lien, dans mon chagrin ni dans l’amour que je lui portais. J’ai été tenue à l’écart, puis accusée de sa mort.


Il est difficile de décrire ce que produit une telle expérience. Perdre un être aimé est déjà une déchirure immense, mais être en même temps privée de sa place auprès de lui revient à être effacée d’une partie de sa propre histoire. J’avais vécu cet amour, partagé sa vie et porté notre relation, mais au moment où cette place aurait dû être reconnue, j’ai eu le sentiment qu’elle m’était retirée.


Une autre parole que la mienne était entendue. Une autre version de l’histoire était retenue. D’autres personnes semblaient avoir davantage le droit que moi d’occuper cette place. Je n’étais pas seulement confrontée à la mort de mon compagnon : j’étais une nouvelle fois confrontée à cette conviction ancienne et douloureuse selon laquelle, même dans l’amour, dans la mort je n’étais pas celle que l’on choisissait.


Les rencontres amoureuses qui ont suivi n’ont pas apaisé cette blessure. Bien au contraire, elles ont souvent semblé la confirmer. Je pouvais être présente, aimante, attentive et soutenante. Je pouvais écouter, comprendre, rassurer et offrir le meilleur de moi-même. Pourtant, au moment de l’engagement, de la reconnaissance ou du choix véritable, c’était souvent une autre femme qui était préférée.


Je devenais celle que l’on appelait lorsque l’on souffrait, celle à qui l’on confiait ses blessures, celle qui comprenait ce que les autres ne comprenaient pas. Mais je n’étais pas toujours celle avec qui l’on souhaitait construire, rester ou se montrer au grand jour.


Peu à peu, une croyance profondément injuste s’est installée en moi : j’étais peut-être assez bien pour aider, mais pas assez bien pour être aimée ; assez bien pour accompagner, mais pas pour que l’on reste ; assez bien pour être présente dans l’ombre, mais pas pour être choisie dans la lumière.


Pourquoi le mot « élue » m’a-t-il autant bouleversée ?


Lorsque ce guérisseur a déclaré que j’étais une élue, il a sans doute touché, sans le savoir, le cœur même de ma blessure.

Comment pouvais-je entendre que j’avais été choisie par le ciel alors que, sur la terre, j’avais si souvent eu le sentiment de ne pas l’être par les personnes que j’aimais ?

Une partie de moi a peut-être entendu : « Tu as été choisie parce que tu peux soigner, parce que tu possèdes un don, parce que tu pourrais être utile à ta mère. » Or je ne voulais pas être choisie pour sauver, réparer, porter ou servir.


Je voulais être choisie pour moi, simplement parce que j’étais Marie-Noëlle.


Je ne voulais pas être placée sur un piédestal. Je voulais une place dans un cœur.

Je ne voulais pas être reconnue uniquement pour mes capacités. Je voulais être accueillie comme une enfant, aimée comme une femme, respectée comme une compagne et considérée comme une personne entière. Je ne voulais pas que ma valeur dépende de ce que j’étais capable de faire pour les autres.


Pendant longtemps, j’ai donc rejeté ce mot. Aujourd’hui, je commence pourtant à l’entendre autrement.


Peut-être venait-il me rappeler que ma valeur existait déjà ?



  • Peut-être que cet homme ne voulait pas me dire que j’avais été choisie parmi les autres. Peut-être qu’il ne parlait ni de supériorité, ni de privilège, ni d’une mission grandiose.


  • Peut-être venait-il simplement me rappeler quelque chose que je n’étais pas encore capable de reconnaître en moi.


En s’agenouillant, il ne m’invitait peut-être pas à me croire supérieure. Il venait peut-être honorer une valeur que j’avais passée toute ma vie à chercher dans le regard des autres.

Peut-être cherchait-il à me dire que je n’avais pas besoin d’être choisie par mes parents, par un homme, par une famille ou par une institution pour avoir de la valeur. Cette valeur existait déjà, indépendamment de tous les refus, de toutes les absences, de tous les abandons et de toutes les fois où une autre femme avait été préférée.


Nous pouvons passer une grande partie de notre existence à attendre que quelqu’un nous choisisse, comme si ce choix devait enfin prouver que nous sommes dignes d’être aimés. Pourtant, le regard de l’autre ne crée pas notre valeur. Il peut la reconnaître, l’honorer ou nous aider à en prendre conscience, mais il ne peut pas la faire naître, car elle est déjà présente en nous.


Quelle que soit notre naissance, quelle que soit l’histoire de notre famille, quelle que soit la place qui nous a été donnée ou refusée, notre existence possède une valeur qui ne dépend pas d’une élection extérieure. Le véritable travail n’est peut-être pas de convaincre les autres de nous choisir, mais d’apprendre à reconnaître cette valeur par nous-mêmes.


Avant de vouloir être choisie, apprendre à se choisir


Se choisir peut sembler être une jolie formule de développement personnel. Pourtant, lorsqu’on a passé sa vie à attendre d’être choisi, il s’agit d’un chemin profond, exigeant et parfois douloureux.

Se choisir ne signifie pas prétendre que l’on n’a plus besoin d’amour, de présence ou de reconnaissance.


Cela ne veut pas dire devenir indépendant au point de ne plus rien attendre de personne. Nous avons besoin des autres, nous avons besoin d’être aimés et nous avons besoin de nous sentir importants pour quelqu’un.

Se choisir signifie autre chose : ne plus s’abandonner chaque fois qu’une personne ne nous choisit pas.

Cela signifie cesser de modifier sa personnalité, ses désirs et ses limites pour conserver une relation. Cela signifie ne plus se diminuer devant une autre femme, comme si sa présence annulait automatiquement la nôtre. Cela signifie aussi ne plus accepter d’être seulement une présence cachée, une consolation temporaire ou un refuge vers lequel l’autre se tourne lorsqu’il souffre, avant de repartir construire sa vie ailleurs.


Se choisir, c’est reconnaître que le refus de l’autre ne définit pas notre valeur. Une personne peut ne pas être capable de nous aimer, de s’engager avec nous ou de reconnaître notre place. Cela peut être terriblement douloureux, mais cela ne signifie pas que nous sommes indignes d’amour.

Lorsque je me choisis, je ne contrôle pas le choix des autres. Je cesse simplement de me rejeter en même temps qu’eux.

Guérisseur ou médium : quand on ne nous choisit que parce que l’on a besoin de nous


Cette blessure de ne pas être choisie prend une dimension particulière chez les guérisseurs, les médiums, les thérapeutes, les énergéticiens et toutes les personnes qui accompagnent naturellement les autres.


Nous sommes souvent sollicités lorsque quelqu’un souffre. On nous appelle lors d’une maladie, d’un deuil, d’une séparation ou d’une période de doute. On vient chercher auprès de nous une réponse, une guidance, un soin, une écoute ou un apaisement. Dans ces moments-là, nous nous sentons choisis, attendus et parfois même indispensables.


Mais lorsque nous portons déjà la blessure de ne jamais avoir été choisis pour nous-mêmes, une question peut devenir profondément douloureuse : « Est-ce que l’on me choisit pour qui je suis, ou seulement parce que l’on a besoin de ce que je peux donner ? »


Que reste-t-il de la relation lorsque la personne va mieux ? Est-ce qu’elle nous voit encore lorsqu’elle n’a plus besoin d’une réponse ? Est-ce qu’elle nous aime lorsque nous ne soignons pas, lorsque nous ne guidons pas, lorsque nous ne portons pas sa douleur ?


Cette confusion entre l’amour et l’utilité peut avoir de profondes conséquences. Nous pouvons finir par croire que notre place dépend de la souffrance des autres. Nous pouvons inconsciemment avoir peur que les personnes guérissent complètement, non parce que nous leur souhaitons du mal, mais parce qu’une partie blessée de nous redoute de devenir inutile et d’être à nouveau abandonnée.


Nous pouvons également nous épuiser à donner toujours plus, répondre à toutes les demandes, accepter des situations qui ne nous conviennent pas ou travailler au-delà de nos limites. Derrière ce surinvestissement se cache parfois une peur très ancienne : « Si je ne suis plus utile, est-ce que quelqu’un me choisira encore ? »


À l’inverse, cette blessure peut aussi nous pousser à bloquer nos capacités. Si nos perceptions, notre médiumnité ou nos dons de guérison deviennent la seule raison pour laquelle les autres s’approchent de nous, une partie de nous peut finir par les rejeter. Nous pouvons commencer à douter de nos ressentis, à procrastiner, à nous cacher ou à ne plus oser transmettre ce que nous recevons.

Le don devient alors associé à une douleur : celle d’être recherchée pour ce que l’on fait, mais rarement aimée pour ce que l’on est.

Quand le don devient une monnaie d’échange pour être aimé


Un don ne peut pas circuler librement lorsqu’il devient le prix à payer pour avoir une place. Si je soigne pour être aimée, si j’accompagne pour ne pas être abandonnée ou si je me rends indispensable pour que l’on ne m’oublie pas, mon don cesse d’être une expression naturelle de ce que je suis. Il devient une monnaie d’échange affective.


Cette prise de conscience n’est pas facile, car il ne s’agit pas de nier notre générosité ou de remettre en question la sincérité de notre engagement. Nous pouvons aimer profondément accompagner les autres tout en portant, en arrière-plan, cette peur de ne plus être choisis lorsque nous ne sommes plus utiles.


Le véritable chemin consiste peut-être à séparer notre valeur de nos capacités.

Je ne suis pas digne d’amour parce que je soigne. Je ne mérite pas d’être choisie parce que je suis médium. Mes perceptions, mes connaissances et mes capacités font partie de moi, mais elles ne résument pas mon identité.


J’ai le droit d’être aimée lorsque je suis fatiguée, lorsque je n’ai pas de réponse, lorsque je ne ressens rien et lorsque je ne porte personne. J’ai le droit d’avoir une place même lorsque je ne donne pas, même lorsque je reçois, même lorsque je demande de l’aide.

J’ai le droit d’être simplement Marie-Noëlle.


Ne plus être seulement celle dont on a besoin


Pendant longtemps, j’ai cru qu’en devenant indispensable, je finirais par devenir importante. Pourtant, il existe une différence immense entre être utile et être choisie.


On peut avoir besoin de nous sans véritablement nous voir. On peut reconnaître nos capacités sans prendre soin de notre cœur. On peut venir chercher notre lumière tout en restant incapable de nous offrir une place dans sa vie.


Aujourd’hui, je ne veux plus être uniquement celle dont on a besoin. Je ne veux plus être seulement celle qui soigne, qui comprend, qui attend et qui pardonne. Je veux aussi être celle que l’on écoute, que l’on soutient, que l’on respecte et dont on prend soin.


Je veux être aimée au-delà de mes dons, de mes messages, de mon expérience et de ce que je suis capable d’apporter. Je veux être reconnue lorsque je suis forte, mais aussi lorsque je suis vulnérable. Je veux pouvoir recevoir sans devoir immédiatement rendre, réparer ou compenser.


Je ne veux plus mendier une place dans la vie de quelqu’un ni devoir prouver que je mérite d’être aimée. Je ne veux plus accepter des miettes sous prétexte que j’ai connu le manque. Je ne veux plus croire que la présence d’une autre femme efface automatiquement la mienne.


Cela ne signifie pas que toutes mes blessures sont guéries. Il existe encore en moi cette enfant qui aurait voulu sentir que ses parents étaient heureux de l’avoir. Il existe encore cette femme qui aurait voulu accompagner son compagnon jusqu’au bout et être reconnue dans son deuil. Il existe encore toutes les femmes que j’ai été, attendant qu’un homme se retourne enfin vers elles et leur dise : « C’est toi que je choisis. »


Je ne veux plus faire taire ces parts de moi ni les recouvrir de paroles spirituelles. Je veux les écouter, les accueillir et les honorer, car elles ont besoin d’être reconnues avant de pouvoir se reposer.

Je n’ai pas besoin d’être élue pour avoir de la valeur


Peut-être que le mot « élue » n’était finalement pas une réponse, mais une question déposée sur mon chemin.

Que signifie être élue lorsque l’on a toujours eu le sentiment de ne pas être choisie ?

Aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai été choisie par Dieu, par la vie ou par une force invisible. Et finalement, cela n’est peut-être plus la question essentielle.


Peut-être que cet homme venait simplement me rappeler que je n’avais jamais cessé d’avoir de la valeur, même lorsque personne ne semblait me choisir. Peut-être venait-il me montrer, avec les mots qui étaient les siens, ce que je devrais un jour apprendre à faire pour moi-même : me reconnaître, m’honorer et prendre ma place sans attendre que le regard de l’autre m’autorise à exister.


Je n’ai pas besoin d’être élue au-dessus des autres. Je n’ai pas besoin d’être désignée comme exceptionnelle pour mériter l’amour. J’ai seulement besoin de reconnaître que mon existence a de la valeur et que personne ne peut effectuer cette reconnaissance à ma place.

Aujourd’hui, je me choisis


Aujourd’hui, je me choisis sans attendre qu’un homme me préfère à une autre femme. Je me choisis sans attendre que mes parents reconnaissent ce qu’ils n’ont pas su voir. Je me choisis sans attendre qu’un guérisseur, une institution, une famille ou le ciel me donne enfin la permission d’avoir de la valeur.


Je choisis mon corps, mon cœur, mon histoire, ma présence et ma vie. Je choisis la petite fille qui ne s’est pas sentie désirée. Je choisis la femme que l’on a empêchée d’accompagner l’homme qu’elle aimait. Je choisis toutes les femmes que j’ai été lorsque quelqu’un leur en préférait une autre. Je choisis également la guérisseuse que l’on venait chercher lorsque l’on avait besoin d’elle, mais que l’on ne savait pas toujours aimer lorsqu’elle ne portait plus rien.


Je ne peux pas obliger les autres à me choisir, mais je peux décider de ne plus m’abandonner lorsqu’ils ne le font pas.

Je peux cesser de croire que mes dons sont la seule raison pour laquelle quelqu’un pourrait vouloir s’approcher de moi. Je peux apprendre à laisser mes capacités circuler sans en faire la condition de mon droit à l’amour. Je peux être médium, guérisseuse, accompagnante, mais je peux aussi être une femme qui rit, qui doute, qui se repose, qui reçoit et qui existe pour elle-même.


Peut-être est-ce cela que cet homme voulait me dire il y a presque vingt ans ?


Non pas que j’avais été choisie parmi les autres, mais que j’avais besoin de cesser d’attendre que les autres choisissent à ma place la valeur que j’allais m’accorder.

Alors, aujourd’hui, je rassemble toutes les parts de moi qui ont attendu, espéré, donné et souffert. Je les prends symboliquement par la main et je leur dis :

« Vous n’avez plus besoin de soigner pour être aimées. Vous n’avez plus besoin d’être utiles pour avoir une place. Vous n’avez plus besoin d’attendre que quelqu’un vous désigne ou vous préfère. Je suis là. Et cette fois, je nous choisis. »


Et vous, avez-vous déjà eu l’impression de ne jamais être choisi ?


Peut-être que mon histoire vient réveiller quelque chose en vous ?


Peut-être avez-vous, vous aussi, passé une partie de votre vie à attendre qu’un parent, un compagnon, une compagne, un ami ou une personne importante vous choisisse enfin ?


Peut-être avez-vous souvent eu la sensation d’arriver après les autres, de ne jamais être la priorité, de devoir mériter votre place ou de donner toujours davantage pour que l’on ait envie de vous garder auprès de soi ?


Alors, prenez un instant pour vous demander sincèrement : dans quelles circonstances de votre vie avez-vous eu le plus fortement l’impression de ne pas être choisi ?


À quel moment avez-vous commencé à croire qu’une autre personne serait toujours préférée à vous ?


Était-ce dans votre enfance, au sein de votre famille, dans vos relations amoureuses, dans votre travail ou dans vos amitiés ?


Lorsque quelqu’un ne vous choisit pas, que pensez-vous immédiatement de vous-même ? Croyez-vous que vous n’êtes pas assez aimable, pas assez intéressant, pas assez beau, pas assez compétent ou pas suffisamment important ? Le choix de l’autre devient-il, sans que vous vous en rendiez compte, une preuve de votre valeur ou de votre absence de valeur ?


Peut-être avez-vous également appris à vous rendre indispensable. Êtes-vous celui ou celle que l’on appelle lorsqu’une personne va mal, lorsqu’elle a besoin d’un conseil, d’une présence, d’un soin ou d’une écoute ?


Avez-vous parfois l’impression que l’on vient vers vous pour ce que vous pouvez donner, mais beaucoup moins souvent pour vous demander comment vous allez véritablement ?


Et si vous exercez comme guérisseur, médium, thérapeute ou accompagnant, Posez-vous vous demander si votre don est toujours libre de circuler ? Ou bien est-il parfois devenu une manière de mériter l’amour, de conserver une place ou de ne pas être oublié ? Que se passerait-il si vous ne pouviez plus soigner, guider, conseiller ou porter les autres pendant quelque temps ? Auriez-vous encore le sentiment d’avoir de la valeur ?


Ces questions ne sont pas là pour vous juger. Elles sont là pour mettre de la conscience sur les endroits où vous vous abandonnez peut-être encore pour être choisi. Car il est possible d’aimer profondément les autres, de les accompagner avec sincérité et de leur offrir le meilleur de soi tout en espérant secrètement que, grâce à tout ce que l’on donne, ils finiront par nous choisir.


Mais aujourd’hui, êtes-vous prêt à vous regarder autrement ? Pouvez-vous reconnaître que votre valeur ne dépend pas du regard d’une personne qui n’a pas su vous aimer, vous reconnaître ou vous donner une place ? Pouvez-vous envisager que le fait de ne pas avoir été choisi ne signifie pas que vous n’étiez pas digne de l’être ?


Se choisir ne consiste pas à ne plus avoir besoin des autres. Il ne s’agit pas de fermer son cœur, de renoncer à l’amour ou de faire semblant de ne plus souffrir. Se choisir, c’est décider de ne plus s’abandonner lorsque quelqu’un s’éloigne. C’est cesser de courir après les personnes qui ne savent pas vous offrir une place. C’est apprendre à ne plus sacrifier vos besoins, vos limites et votre dignité dans l’espoir d’être enfin préféré.


Alors, quelle serait aujourd’hui la première décision que vous pourriez prendre pour vous choisir réellement ? Quelle relation avez-vous besoin de regarder avec plus de vérité ? Quelle limite auriez-vous besoin de poser ? Quelle parole auriez-vous besoin de prononcer ? Et que pourriez-vous commencer à vous offrir, sans attendre que quelqu’un d’autre vous en donne la permission ?

Peut-être avez-vous attendu toute votre vie d’entendre une personne vous dire : « C’est toi que je choisis. »


Et si, aujourd’hui, cette personne pouvait être vous ?


Prenez le temps de revenir vers toutes les parts de vous qui ont attendu, espéré, donné et souffert. Revenez vers l’enfant qui ne s’est pas senti accueilli, vers la femme ou l’homme qui a été quitté, oublié, remplacé ou maintenu dans l’ombre. Revenez aussi vers la personne qui a cru devoir être forte, utile ou indispensable pour mériter d’être aimée.

Puis demandez-vous doucement :

Suis-je prêt à ne plus me laisser derrière chaque fois que quelqu’un ne me choisit pas ?

Car vous ne pourrez peut-être pas obliger les autres à vous reconnaître, à rester ou à vous aimer comme vous l’auriez souhaité. Mais vous pouvez commencer à ne plus confier à leur regard le pouvoir de décider de votre valeur.


Et peut-être qu’un jour, vous pourrez vous dire à vous-même, avec toute la sincérité de votre cœur :

« Je n’ai plus besoin de prouver que je mérite une place. Je suis là. J’ai de la valeur. Et aujourd’hui, je me choisis. »

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