Quand on a peur de la vie…
- Marie Noelle Bon

- il y a 3 jours
- 6 min de lecture
Il existe des peurs visibles. Et puis il existe cette peur plus silencieuse, plus diffuse, plus intime… la peur de la vie.

Je suis née à la campagne, dans le milieu rude du monde paysan. J’ai grandi sans télévision, sans ordinateur, et j’ai découvert la vie à travers les yeux de mes parents et de nos voisins.
Dans ce petit village qui paraissait paisible et bucolique aux voyageurs de passage se cachait une réalité bien plus dense, bien plus lourde, bien plus ancrée dans la matière.
La vie n’était pas seulement difficile… elle était dure, et surtout, elle était dangereuse.
C’était la vision de mes parents. Une vision qu’ils ne formulaient pas toujours clairement, mais qu’ils portaient en eux, dans leurs gestes, dans leurs silences, dans leurs inquiétudes, et qu’ils m’ont transmise, sans le vouloir, comme une vérité.
Pour eux, la vie était un combat. Un combat contre le manque, contre les éléments, contre l’imprévisible. Dans leur bouche, les mots qui revenaient sans cesse venaient imprégner mon esprit d’enfant :
Comment on va faire ? On n’a plus d’argent. La vie est dure.
Mais derrière ces mots, il y avait bien plus encore.
Leurs angoisses étaient liées à la météo, aux saisons, aux caprices du ciel et à tout ce qui pouvait compromettre les récoltes. S’il faisait trop chaud, c’était la catastrophe. S’il pleuvait trop, c’était la fin des moissons.
À cela s’ajoutait une autre peur, plus insidieuse, plus constante : celle de la maladie, celle des accidents, celle de tout ce qui pouvait surgir sans prévenir.
Ma mère disait souvent : « Tout peut arriver. »
Et cette phrase s’est inscrite en moi. Elle s’est déposée dans mon corps, dans mon esprit, dans ma manière de regarder le monde. J’ai grandi avec cette sensation diffuse qu’un danger pouvait surgir à tout moment, comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de ma vie.
Et puis, il y avait leur regard sur les autres. Les personnes qui réussissaient ne pouvaient pas être honnêtes. Elles étaient forcément des escrocs, des personnes qui avaient triché avec la vie. Alors j’ai appris, sans m’en rendre compte, que le danger n’était pas seulement dans les événements, mais aussi dans les autres.
Peu à peu, une vision du monde s’est installée en moi :la vie est dure…la vie est dangereuse…et le danger est partout.
Se réfugier dans la nature pour respirer
Au milieu de tout cela, je cherchais déjà refuge ailleurs. Je me tournais vers le cœur de la nature comme on se tourne vers un espace qui ne juge pas, qui n’agresse pas, qui ne demande rien.
J’aimais me perdre dans mes rêveries au milieu des animaux, qui étaient alors mes seuls véritables amis. Je m’allongeais dans l’herbe, souvent longuement, comme si la terre pouvait contenir ce que je ne comprenais pas encore en moi. Avec ma minette près de moi, qui m’offrait ses ronronnements comme une mélodie douce et rassurante, je sentais mon petit cœur angoissé se relâcher, juste un peu, juste assez pour respirer.
Dans ces instants -là, quelque chose s’ouvrait. Le ciel devenait un espace vivant, les nuages semblaient me parler dans leur lenteur, dans leurs formes mouvantes, et j’imaginais qu’au-delà de ce que je voyais, il existait une autre vie. Une vie teintée de rose, de bleu pâle, de couleurs pastel, une vie dans laquelle tout serait plus léger, plus doux, plus enveloppant…
Comme si la vie pouvait être autre chose que ce que j’en percevais autour de moi.
Mais ces moments de paix étaient fragiles. Ils étaient souvent interrompus par une voix chargée de tension, de fatigue ou de colère qui venait me rappeler à la réalité. Et à cet instant précis, tout mon corps se contractait, mon cœur s’emballait, et je me relevais d’un bond pour courir vers ce que l’on attendait de moi.
C’est ainsi que, très tôt, j’ai appris à quitter ces espaces de douceur… pour retourner dans un monde où tout semblait urgent, exigeant, et potentiellement dangereux.
Quand le monde devient un territoire de danger
Je ne sais pas à quel moment exact la vie est devenue pour moi un vaste territoire de dangers. Je me souviens seulement que tout m’est apparu menaçant vers mes dix ans, lorsque j’ai dû quitter la petite école de campagne pour prendre le bus et aller au collège.
C’était l’inconnu. Les visages, les regards, les lieux… tout m’échappait. Je me sentais insignifiante, presque invisible, comme si je n’avais plus ma place nulle part.
Je quittais ce que je croyais être mon sanctuaire, sans comprendre que ce sanctuaire était aussi une prison, un endroit où je m’étais sentie protégée, mais où la vie avait été réduite, filtrée, teintée de peur.
Puis est venu le lycée. Quitter mon village pour rejoindre une grande ville à plus de cinquante kilomètres, c’était comme partir dans un autre monde. Je me sentais oppressée, comme si l’air manquait, comme si la vie devenait trop vaste pour moi. J’avais perdu mes repères, mes espaces de respiration, et même le ciel semblait disparaître derrière les bâtiments.
Quand la peur commence à diriger toute une vie
Avec le temps, cette peur ne m’a pas quittée. Elle s’est installée en profondeur, jusqu’à devenir un filtre à travers lequel je percevais tout.
Dans ma vie professionnelle, j’ai enchaîné les échecs, les départs, les démissions. Je ne restais jamais longtemps. Je fuyais, toujours, comme si quelque chose allait forcément se produire, comme si je devais partir avant d’être blessée, avant que le danger n’arrive.
Je cherchais toujours mieux, ailleurs, autrement. Mais où que j’aille, la peur était déjà là. Elle ne venait pas de l’extérieur, elle vivait en moi.
Je ne parvenais pas à me poser. Ni dans un travail, ni dans une relation. Dans mes relations amoureuses comme dans mes relations amicales, c’était le même mouvement. Dès que le lien devenait réel, impliquant, vivant, quelque chose en moi se mettait en alerte. Alors je me refermais, je prenais de la distance, ou je partais.
Et c’est ainsi que, sans vraiment le vouloir, je me suis retrouvée seule.
Quand on fuit aussi le présent
Mais cette peur ne s’exprimait pas seulement dans la fuite. Elle s’exprimait aussi dans mon rapport au temps.
Il y avait en moi une sensation constante d’urgence, comme si quelque chose devait arriver, comme si la vie allait enfin commencer… mais plus tard, ailleurs, autrement.
Alors je me précipitais. Je faisais, je cherchais, je passais d’une chose à une autre sans jamais vraiment me déposer. Je vivais dans l’anticipation, dans le mouvement, dans une forme de tension permanente.
Je ne vivais pas les moments, je les traversais. Je n’écoutais pas ce qui était là, je cherchais ce qui allait venir.
Et peu à peu, j’ai commencé à avaler le temps, à avaler les expériences, à avaler ma propre vie. Tout allait trop vite à l’intérieur de moi, et cette précipitation a créé du chaos. Je me dispersais, je m’épuisais, je me perdais.
Car lorsqu’on a peur de la vie, on ne la ralentit pas. On essaie de la devancer, de la contrôler, ou de lui échapper. Mais dans cette course, on finit par ne plus être là.
Quand survivre remplace vivre
Ma vie est alors devenue le reflet de ce que j’avais intégré enfant : une lutte, une tension, un effort constant.
J’ai vécu dans la peur du manque, de la maladie, de l’accident, dans l’attente permanente que quelque chose de dramatique arrive. Et d’une certaine manière, mes peurs ont fini par prendre forme.
La douleur est venue étouffer la douceur, jusqu’à me faire oublier qu’elle existait.
La peur de la vie ne se dit pas toujours. Elle se vit dans le corps, dans le souffle, dans l’esprit. Elle s’inscrit dans une tension permanente, dans une vigilance constante.
Vivre ainsi, ce n’est pas vivre. C’est survivre.
Et dans cet état, l’âme ne respire plus vraiment.
Et si cette peur était un passage ?
Et pourtant… cette peur n’est pas notre destin.
Elle est une part de nous qui appelle, qui demande à être vue, entendue, reconnue. Et lorsqu’on commence à l’accueillir, sans vouloir la fuir ni la combattre, quelque chose se transforme.
La peur cesse d’être un ennemi. Elle devient une porte. Une invitation à rencontrer la vie autrement.
Le Conte Médecine de l’Âme du mois d’avril
C’est de cette traversée qu’est né :
Un conte pour celles et ceux qui ressentent, au fond d’eux, cette peur de la vie… et qui sont prêts, doucement, à s’ouvrir à autre chose.
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Si ces mots ont résonné en toi, alors peut-être que ce conte vient à toi au bon moment.
Pas pour te changer. Pas pour te bousculer.
Mais pour t’accompagner, doucement.
Car même après la peur… la vie est toujours là .Et elle attend simplement que tu reviennes à elle.
— Marie Noelle ✨

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