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La jouissance de l'imperfection




Tonte, désherbage, ont rythmé notre weekend. En fin de journée, alors que le soleil déclinant, nous invitait à nous reposer, je me suis allongée dans un transat, dégustant un doux repos bien mérité ! 2000 m2 de terrain, un sacré boulot !


Et alors que j’admirais tout ce travail que nous avions réalisé avec mon compagnon, mon regard a été attiré par des herbes en bordure que la tondeuse avait oubliées. Et hop ! ce magnifique moment de détente, s’est transformé à un « encore du travail ! »


Je me suis donc levée, pris les ciseaux à bordure, et j’ai coupé ces brins d’herbe qui faisaient tache. Au fur et à mesure, que je progressais, mes yeux se sont posés sur d’autres petites touffes. Et plus j’égalisais, et plus je voyais toutes les imperfections de notre bel ouvrage.


Et cette découverte, m’a totalement embarquée dans la folie des ciseaux !


Je coupais, regardais, coupais encore, quand soudain ma petite voix m’a susurré : « mais qu’est-ce que tu fais, tu ne vas tout de même pas tailler 2000 m2 avec tes petits ciseaux ! ». Bon cette petite voix, entre nous se moquait de moi !


J’ai fait une pause, j’ai regardé autour de moi, et je me suis mise à rire. J’ai jeté ces sacrés ciseaux, et je me suis allongée dans l’herbe. Que c’était bon ! Cette odeur d’herbe fraichement tondue, la douce chaleur du soleil du soir, accompagnée par une légère brise, et ce bleu profond du ciel, tous les ingrédients pour la meilleure recette du repos.


Et mon regard a balayé l’ensemble, et j’ai trouvé tout cela beau, magnifique. Ces arbres, ces buissons, tout finalement était parfait…


Et là j’ai compris, que bien souvent, nous nous attardons sur ce qui est moche, sur ce qui ne va pas, car nous recherchons constamment la perfection.


Mais la perfection, existe-t-elle vraiment ?


Et c’est quoi la perfection ?


Et toutes ces questions sont venues se bousculer dans ma tête. La première réponse a été, l’importance et la peur du regard de l’autre. Et oui, qu’allait dire les visiteurs en découvrant cette non perfection de la tonte ! Que je n’étais pas capable d’entretenir correctement le jardin ? Que je faisais de l’à peu près ? Que je n’allais pas au bout des choses ?


Combien de fois, sommes-nous soumis, aux dictatures sociales, qui nous imposent constamment au travers les médias, magazines, télévision, affiches publicitaires, la perfection !


On nous balance sans arrêt à la figure, la mère parfaite, la femme parfaite, le couple parfait, la maison parfaite, la cuisine parfaite, le bonheur parfait… Mais à partir de quels critères cette perfection est-elle définie ?


Et bien en y réfléchissant, je dirais à partir de la société de consommation. On nous propose toujours plus de tout pour paraitre plus jeune, pour être plus mince, pour mieux dormir, pour…. Pour trop de choses, qui nous suggèrent de manière bien inconsciente, que quelque chose ne va pas chez nous, et que nous avons besoin de toutes ces merveilles qu’elle nous propose.

Alors nous devenons de vrais chasseurs de perfection. Nous nous obligeons, à rendre notre vie conforme à tous ces critères qui ne sont liés qu’au paraître, qu’à l’image extérieure que nous renvoyons.


Et que devient notre être profond ?


Il s’appauvrit, il s’étiole, il se cache derrière tous ces masques du bien comme il faut. Et il finit par se retrouver seul au fond d’une sombre caverne, mort de peur d’être jugé, critiqué, ridiculisé. Et petit à petit, il se perd, dans les méandres de la solitude, de la déprime. Oh il essaie bien de temps en temps de remonter à la surface, par des coups de colère, des coups de raz le bol mais bien vite il retourne au fond de sa caverne, et finit par accepter comme une fatalité, ce rôle qui lui a été donné par les autres.


La fatigue, associée à la honte de ne pas être à la hauteur, décuplée par la culpabilité de ne pas être parfait, devient jour après jour son pire ennemi. Et l’enferme dans la croyance qu’il ne vaut pas grand-chose, car il croit qu’il est le seul à ne pas réussir.


Et pourtant, qui aujourd’hui peut se vanter d’être dans la perfection !


Personne ! Car la perfection pousse l’individu à toujours vouloir plus, à ne jamais être satisfait.

Même si certaines personnes semblent être parfaites, quel prix en paient-elles !

Pas de repos, trop d’exigence par rapport à elles et à leurs entourages, et cette course à la perfection finit par les guider sur le chemin de l’intolérance et du jugement, par des « il faut », « je dois », « tu dois ».


Mais en quoi c’est important que le ménage soit parfaitement fait, que chaque chose soit à sa place ?


Est-ce que le fait que nous devenions des as du ménage, du jardinage et du bricolage, de l’éducation parentale, nous apporte la plénitude, la joie ?


Non, la recherche de la perfection nous éloigne de tous les petits bonheurs du quotidien, car elle ne nous laisse pas nous poser pour regarder autour de nous toutes les belles choses de la vie, bien au contraire, elle nous pousse constamment à regarder ce qui nous manque, ce qui ne va pas, et c’est ainsi que nous nous réveillons un beau matin avec la sensation de n’avoir rien fait de notre vie !

Et si nous prenions exemple sur la nature ? Quand je regardais notre jardin, les arbres, les buissons étaient de tailles différentes, de formes différentes, et donc totalement imparfaits. Et pourtant, quand j’ai pris le temps de savourer de mon regard cet ensemble, tout m’est apparu parfait !

Et j’ai enfin pu réellement apprécier cette journée et nous féliciter pour tout ce beau travail accompli.

Et pour encore mieux savourer cet instant de plénitude, nous sommes offerts un petit verre de rosé bien frais ! Quel bonheur !


Et si l’imperfection était justement le secret de la jouissance de la vie ?


























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